Château de Clairefontaine

Le docteur ANTOINE LAROCHE

Le docteur Antoine Laroche est né à Brives le 29 mars 1751, dernier d’une famille de neuf enfants. Son père est chirurgien-juré. Antoine suit sa voie et après des études de médecine à Montpellier, il poursuit sa formation à Paris à l’Hôtel-Dieu de 1772 à 1778. Il suit alors les cours de Dumont de Valdajou, « renoueur » (celui qui fait le métier de remettre les membres disloqués). Valdajou est en effet à l’origine d’une école de chirurgie devenue peu à peu fameuse et soutenue par les pouvoirs publics. Breveté par Louis XVI en 1778, Laroche ne cesse alors d’enchaîner les responsabilités dans les hôpitaux militaires et les armées.

 

Il est affecté à l’Hôpital militaire de Brest puis rejoint en Amérique à Boston l’armée de Rochambeau en 1781 comme Chirurgien – Major ; il est à la bataille de la Chesapeake et à celle de Yorktown, puis Chirurgien en chef dans le golfe du Mexique et aux Iles-sous-le-vent. Rentré en France en 1783, il rejoint l’hôpital militaire de Morlaix (1786), puis celui d’Arras de 1792 à 1797, comme Premier Chirurgien en chef.

C’est là qu’il reçoit l’ordre du Citoyen Joseph Lebon de soigner Melle de Duisans (Thérèse). En même temps, au péril de sa vie, le Dr Laroche favorise la visite d’un prêtre dans la prison pour assister les derniers instants de sa sœur Suzanne de Fosseux.

Les Fosseux sont sauvés de la mort par le 9 Thermidor et sont libérés ; le Dr Laroche demande la main de Thérèse ; leur mariage fut célébré à Fosseux le 11 janvier 1795. Antoine Laroche a 44 ans, Thérèse tout juste 21.

 

 

Attaché à l’Armée du Nord, le Dr Laroche ira de garnison en garnison en Artois et Picardie pendant les guerres napoléoniennes, et finalement, médecin honoraire de la Marine en 1809 à Rouen, il y résidera jusqu’en 1818. A la retraite, il se fixera enfin à Duisans, hérité par sa femme Thérèse de Fosseux.

Antoine Laroche junior (1797-1884), à la mort de son père, reprend le domaine de Duisans et est élu maire de Duisans de 1840 à 1850 puis de 1860 à 1874 ; il fut également Président de l’Académie d’Arras.

Duisans, 3 châteaux pour un domaine.

 Le mur d’enceinte du château de Duisans s’ouvre sur un bois de 7 hectares le long de la rivière du Gy. Rien ne fut conservé du premier château érigé autour de 1400 sur le domaine. Le roi Louis XI y dîna au château lors de son bref passage en 1464. Le domaine et ce qui restait du premier château furent confisqués par le conseil d’Artois vers 1640 et mis en vente.

Antoine Augustin Dubois de Hoves, seigneur de Duisans, conseiller au Conseil d’Artois fit l’acquisition en 1676 des ruines à partir desquelles il fit bâtir quatre années plus tard un nouveau château. Duisans avait appartenu à une branche des Bourbons connus comme les « Bourbons de Duisans » ; c’est en tant que propriétaire de Duisans qu’Antoine Augustin Dubois, obtint en 1677 ses lettres d’anoblissement. Mais lorsque Louis XIV s’engagea dans les guerres de succession d’Espagne en 1710, ses troupes occupèrent Duisans qui ne fut pas épargné.

Son petit-fils Antoine-Guillaume Dubois de Hoves, également membre du Conseil d’Artois décida de remplacer sa demeure par le château actuel construit entre mars et novembre 1752.

En 1788, Antoine Guillaume Dubois de Duisans, cousin de Ferdinand s’éteignit sans postérité et le domaine alla à sa nièce et filleule Thérèse de Fosseux, future épouse du Dr. Antoine Laroche.

Plus tard, en 1840, leur fils Antoine Laroche Junior, qui avait épousé sa propre cousine Louise Dubois (fille de Joseph Dubois de Fosseux et de Céline Daveluy) repris le domaine de Duisans à la mort de son père. Une partie du château fut détruite par un incendie en 1842. L’histoire de ce troisième château de Duisans fut marquée par ces deux familles : les Dubois de Hoves mais aussi les Laroche. Ces derniers l’occupèrent pendant 250 ans jusqu’en 1920.

 

Pendant la grande guerre de 1914 à 1918, lors de la bataille d’Arras, le château et le parc hébergèrent un hôpital de campagne. Henriette Laroche occupant les lieux avec sa famille, engagée en tant qu’infirmière, y a rencontré son futur mari Alexandre Ducruet.

La famille Laroche quitta ensuite le château qui fut un moment loué, puis fut donné par la famille au Diocèse d’Arras en 1957 qui y installa un centre aéré, devenant dès 1962 le collège Clairefontaine, pensionnat pour enfants en difficulté, toujours en activité sur les lieux.

 

Architecture

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Parfait exemple  du classicisme architectural répandu au XVIII siècle dans les Provinces du Nord et également  caractéristique du savoir faire artésien à travers l’utilisation des matériaux ou détails, le château de Duisans accueille aujourd’hui  et depuis 1962 les élèves du collège Clairefontaine .

Il a été construit en 1752 à l’instigation d’ Antoine-Guillaume Dubois ,écuyer, seigneur d’Eaucourt , petit- fils d ‘Antoine Dubois de Hoves ,seigneur de Duisans, conseiller du Conseil d’Artois, qui avait fait l’acquisition en 1676 de ce qui était alors  un domaine sur lequel se trouvait un bois de sept hectares et les ruines d’une maison seigneuriale érigée autour de 1400. Du deuxième château bâti en 1680 ne resteront que les écuries, plus tard intégrées dans ce qui sera en fait le troisième château de Duisans.

C’est  à   André MERVILLE, maître-maçon renommé et architecte en la cité d’ Arras qui avait notamment dessiné l’abbaye du Mont Saint Eloi que furent  confiées la réalisation des plans et l’édification du château.

Les bâtisseurs, maîtres-maçons, tailleurs de pierre, maîtres charpentiers recrutés dans le village voisin de Maroeuil dont André Merville était originaire utilisèrent les pierres blanches locales mais aussi les pierres des bâtiments avoisinants inutilisés .En neuf mois,la construction était achevée.

Les visiteurs  peuvent admirer ses deux façades, la chapelle, les deux niveaux  du corps de logis, les caves et la cuisine  lors des visites organisées chaque année en septembre à l’occasion des Journées du Patrimoine (renseignements au 03/21/22/89/89, collège Clairefontaine ).

La façade Nord, côté cour d’honneur

37197247C’est la symétrie des volumes qui attire d’abord l’attention : partant de la cloche située au sommet du toit en croupe qui coiffe le corps du logis, puis continuant par le sommet du fronton, la clé de la baie supérieure et celle de la porte toutes deux tracées en plein cintre,  le regard du visiteur la  repère facilement . D’un côté comme de l’autre se répondent  les quatre hautes souches des cheminées du corps du logis classées Monuments historiques , les deux lucarnes des chaînes en bosselage des extrémités, des fenêtres rectangulaires séparées par des tables rentrantes ainsi que, entourant la baie et la porte, des pilastres jumelés sur les deux niveaux.

Cependant,dans le prolongement du corps du logis, des ailes plus basses révèlent des caractères différents au  niveau  des lucarnes et des fenêtres notamment.

Du perron accessible par quelques marches le visiteur surplombe la cour d’honneur au fond de laquelle se trouvent deux communs autrefois utilisées comme bergeries.

Face à la porte d’entrée, l’avant-corps en légère saillie qui souligne l’axe de symétrie est bien caractéristique des constructions du XVIII dans l’Artois et le Boulonnais .

La façade Sud, côté jardins

Plus vaste que le corps central de la façade Nord, la façade Sud se compose de trois travées .Ici, variété et grandeur : seules les trois baies du premier niveau sont en plein cintre tandis que toutes les autres fenêtres restent rectangulaires .Couvertes d’un fronton curviligne ou cintré, les très belles lucarnes sont en pierre et leurs fenêtres rectangulaires entourées de montants sculptés.

La chapelle dédiée à la Nativité de la Vierge et à laquelle on pouvait à l’origine accéder de l’intérieur du château se trouve à droite de la façade.

L’intérieur du château

clairefontaine 1908Au XVIII, c’est la recherche du confort qui prime et les pièces sont de taille plus réduite, chauffées par des cheminées habillées de marbre – parfaitement conservé dans le cas présent- suivant le goût de l’époque. Elles ont également  des fonctions bien précises :boudoir, bibliothèque,salon de compagnie, salon  de musique .

Le premier niveau se compose également d’un hall d’entrée qui s’ouvre sur la cour d’honneur et qui reçoit le très bel escalier menant au deuxième niveau. C’est sans doute Jean Lamour -qui dessina les grilles de la place Stanislas à Nancy- qui serait l’auteur de la rampe de cet escalier et de toutes les autres pièces de ferronneries du château.

Les caves quant à elles sont au nombre de six et leurs voûtes en plein cintre les inscrivent dans la mouvance des caves d’Arras.

Dans les cuisines ,typiques du Nord de la France, la cheminée est en briques, l’emplacement du four à pain a été conservé  mais le sol -à l’origine en tomettes- a été récemment rénové et modifié. Typique également du Nord de la France et plus précisément de l’Artois, la rampe d’escalier à balustres plats de l’escalier de service.

La visite du château de Duisans comprend  l’ histoire des bâtiments édifiés au XV et XVII ème siècles sur le domaine et celle des familles qui s’y sont succédé : les Dubois de Hoves mais aussi les Laroche qui l’occupèrent de la fin du XVIII ème siècle à 1920.

C’est aussi l’occasion de rappeler la richesse architecturale de la région Nord-Pas-de-Calais.